Cynk, futur cas d’école d’un délire spéculatif ?

Publié le 28 juillet 2014 dans Actualités par Jean Batispte.


Comment une société fantôme, ne comptant qu’un seul employé, peut-elle passer d’une valeur de 0 à 6 milliards de dollars en un mois ? On croyait que des mesures avaient été prises, après la crise de 2008, pour contrer les spéculations les plus folles. Pas des mesures lourdes mais au moins un minimum vital. Il n’est est rien semblerait-il et l’aventure Cynk risque bien en premier lieu de se terminer en drame pour pas mal de spéculateurs, avant de devenir peut-être un cas d’école représentatif d’un monde financier hors contrôle.

Cette chevauchée spectaculaire a quand même finit par attirer l’attention de la SEC (Security and Exchange Commission – le gendarme américain de la Bourse) qui a suspendu la cotation de Cynk le 11 juillet à fin d’enquête.

Qu’est ce que Cynk ?

Enregistrée au Nevada et disposant d’un siège social dans un paradis fiscal, le Belize, Cynk a été créée en 2008 et introduite en bourse sous le nom « IntroBuzz » en 2012. Elle aurait changé quatre fois de propriétaire unique depuis et serait depuis février aux mains d’un nommé Javier Romero, ce que ce dernier dénie.
Se présentant comme un ‘réseau social’ d’un nouveau type, Introbuzz (via son site introbiz.com) permet, moyennant finance, de mettre en contact ses utilisateurs avec des célébrités comme Angelina Jolie, Leonardo di Caprio ou Johnny Depp. Bien entendu, une lecture attentive permet de voir qu’en termes de contact, il ne s’agit en fait que de l’email ou du numéro de téléphone de l’agent, du responsable presse ou du représentant légal.
Plus étrange, cette société ne compte qu’un seul et unique employé, ses comptes n’ont jamais été soumis à aucun audit externe, et elle n’aurait aucun revenu depuis sa création en 2008, générant à l’opposé une dette 1,5 millions.

Arnaque ou emballement spéculatif ?

Pourquoi alors les actions Cynk, émises à moins d’un dollar (une pratique nommée « penny stock »), sont-elles passées en un mois d’une valeur de 0,06$ à 20,50$, une progression délirante de 34 000% ?
Deux explications possibles coexistent :
– tout d’abord celle d’un emballement spéculatif : la spéculation sur les sociétés émettrices de « penny stock » étant un des marchés cibles de certains traders, qui empochent de confortables bénéfices en revendant des masses d’actions à très faibles coûts à des investisseurs peu regardants ;
– l’autre hypothèse évoque une manipulation où les rares actionnaires du titre profitent la cotation de la société sur un petit marché financier peu régulé (Over The Counter : les marchés de gré-à-gré où les transactions sont conclues directement entre acheteurs et vendeurs sans passer par l intermédiaire d’une Bourse). Ces actionnaires créent une fausse offre/demande en négociant achats et ventes entre eux avant d’attirer des spécialistes de la vente à découvert qui, pariant sur le recul du titre à court terme, se font tout simplement piéger lorsque l’action continue de monter, toujours dopée par le jeu d’achat/vente entre actionnaires. Puis la machine s’emballe et la progression du titre devient exponentielle.
Mais que l’on soit dans la cadre d’une arnaque digne des plus grands films du genre ou dans une spéculation folle mais valide, le gendarme de la bourse tranchera.
Quoi qu’il en soit, dès la reprise du cours vendredi dernier la bulle spéculative a bel et bien implosée, la valeur du stock plongeant de 85% pour atteindre 2,10$ à la clôture, laissant bien des investisseurs et des traders face à des pertes conséquentes.
Un cas d’école, on vous le disait.